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Masculin EmmanuelN
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Stop and Shop

Aux Etats-Unis, il y a un Dieu vénéré par tous. Un Dieu qui, comme tous les dieux de ma connaissance, est silencieux, irascible et bougon. Il n?est audible que par quelques grands prêtres, seuls habilités à traduire ses colères et ses borborygmes, sinon évidemment ce serait un peu trop facile. Ces grands prêtres sont vêtus en général d?un costume Armani, et célèbrent leur liturgie à la NYSE. Hum ? New York Stock Exchange, une église située au c?ur de Manhattan. Ils lisent les volontés de notre Dieu non pas dans les entrailles fumantes d?un gallinacé imbécile, mais en communicant avec une autre divinité ? toute aussi irascible et abstruse ? l?informatique. D?un air austère, cette gente masculine interprète des séries de chiffres auxquelles le commun des mortels ne comprend rien. Ca tombe bien, eux non plus. Masculine disais-je car comme l?a si parfaitement formulé mon maître Audiard par la voix inoubliable de Francis Blanche : tu touches pas au grisby, salope.
Ces hiérophantes ne se privent donc pas de débiter des énormités à longueur de journée, que seul leur statut de Manitou permet de dissimuler sous l?apparence d?apophtegmes sentencieux. Un exemple ? Ils exigent leur charrette quasi hebdomadaire de chômeurs et de nouveaux working poors, à la manière des saronides aztèques qui envoyaient à la mort tous les premiers samedis du mois une petite légion de jeunes filles vierges et nues pour satisfaire Quetzalcóatl, un type prétendument responsable du sens du vent, et accessoirement du développement de la pourriture annulaire de la pomme de terre. A ce propos, on a montré depuis - j?en ris encore - que Quetzalcóatl n?est absolument pour rien dans la pourriture annulaire de la pomme de terre, mais que tout au contraire le coupable s?appelle Clavibacter michiganensis, une bactérie aussi conne que ses s?urs, qui baise à tout va, et double sa population toute les vingt minutes. Hallucinant. Repasse moi le mezcal.
J?en suis où, déjà ?
Ah oui. Quand une entreprise vide sans manière quelques milliers de pauvres hères, voila nos druides qui trépignent s?agitent et gigotent : enfin une économie saine, clament t?ils. Si d?extraordinaire l?hydre du chômage venait à prendre un embonpoint indécent, on la purgerait d?une bonne saignée, en envoyant quelques milliers de jeunes hommes par exemple à la guerre, on va se gêner. La gigantesque arnaque est de faire croire aux pauvres que plus les riches sont riches moins eux-mêmes seront pauvres. Ca n?a aucun sens ce que je viens de dire. Ben voilà, c?est exactement comme ça que le système fonctionne. Si tu dis n?importe quoi avec un beau costume, celui qui ne comprend pas est un imbécile. Or, comme je le disais plus haut, le truc est connu depuis l?antiquité, que la représentation du pouvoir passe par un sourire étincelant et un repassage à sec du grand prêtre ou des plumes dans le cul et un os dans le nez (et pas vice-versa).
Or et donc, ces grands prêtres sont très attentifs à l?humeur d?une catégorie toute particulière de bipèdes : les consommateurs. Il faut absolument que le consommateur consomme. Sinon, c?est l?anémie, le marasme, voire l?athrepsie. Consommeras-tu ? Imbécile ? Hurlent-ils à tous vent.
T?as pas d?argent ? Quel rapport entre la consommation et l?état de ton compte en banque ? Claque l?argent que tu n?as pas, c?est moins pénible que de dépenser celui que tu as. Dans cette frénésie dépensière, il n?est pas question de freiner un gentil consommateur sous le prétexte fallacieux qu?il est deux heures du matin et que tout le monde dort. Afin de conserver l?avantage concurrentiel, the edge, et de servir le client noctambule, on embauchera une horde de Chinois, avec leur douze heures de décalage horaire, ça devrait faire l?affaire.
N?étant pas d?une nature rebelle, et ayant surtout une famille à nourrir, je me soumets chaque semaine à l?injonction des grands prêtres, je vais faire mes courses. Et donc, tu l?avais compris depuis le début, plus que du dieu Quetzalcóatl et de clavibacter michiganiensis, c?est de mes courses dont je voulais t?entretenir ce soir.
Ici on dit « errands ». Ca sonne bien. Dans la mesure où cette corvée hebdomadaire ressemble beaucoup plus dans mon cas à des errements, des errances, qu?à une véritable course à pied. En effet, quand je pousse mon caddie (qui a du faire Okinawa et l?offensive du Têt) au travers des portes grinçantes de mon Stop and Shop local, je suis invariablement saisi par cette question un peu conne : mais qu?est ce que je vais donc bien pouvoir ramener à la maison ? On se croirait dans un supermarché moldave aux grandes heures de la dictature prolétarienne. Les polymères des étagères sont jaunis, les plafonds dépriment, les néons jettent sur cette scène désolante un oeil morne et froid. Le carrelage, résistant désespérément à l?usure depuis l?après-guerre, accueille le chaland avec le manque d?enthousiasme de ses couleurs marronnasses. C?est vraiment la fin des haricots. On est en Amérique, la vraie. Les fruits et légumes, toujours les mêmes, ont été arrachés de l?arbre bien avant d?avoir jamais vu un rai de soleil. Le fromage est emballé comme s?il s?agissait de TNT, les yaourts ont des couleurs qu?on attend plutôt d?un atelier de peinture de maternelle. Je ne parle pas du goût. En fait le goût aussi, maintenant que j?y pense, fait penser à un atelier de peinture de maternelle. Aux caisses, des tourbillons de revues exhibent des pétasses hollywoodiennes dans des décolletés vertigineux tandis que Cosmopolitan se demande encore et toujours ce qui fait jouir les hommes (quand même depuis le temps, ils pourraient s?informer).
Les étagères, installées dans les années cinquante, se gondolent mollement sous le poids de conserves que même les nord-coréens hésiteraient à considérer comme comestibles. La seule allée qui regorge de couleurs et de formes extravagantes c?est bien sur les sodas et les chips.
Evidemment, pas de vin ni alcool. Y?a des maisons pour ça monsieur. Ca s?appelle des Liquor Stores, tout aussi déprimant d?ailleurs.
Ici, une vitrine de vendeur de voiture est beaucoup plus sexy qu?un magasin de bouffe. J?en conclus donc sans peine, oui je sais j?aurais du faire de l?économie, que les américains portent beaucoup plus d?attention à ce qu?il y a dans leur garage qu?à ce qu?ils mettent dans leur assiette, ce qui en soi n?est pas complètement ridicule? Si, en fait, c?est complètement ridicule.
Me voila donc, paumé du dimanche matin, à errer dans les allées blafardes de ce marché kolkhozien, soupesant d?un ?il las la quantité de graisse entourant ce pauvre poulet exsudant l?hormone de synthèse.
Certes, on peut aller à WholeFood où on attend le client avec un grand sourire, des manières apprêtées et captieuses, des étagères en ronce de noyer, et de jeunes caissières aux sourires ensorcelants. Nous ne sommes plus dans l?euphémisme ou la litote. J?ai d?ailleurs cru la première fois qu?on pouvait tout aussi bien acquérir ces articles de premier choix (j?aurais du me méfier, y?avait pas de barre code) d?où un quiproquo qui a bien failli se terminer au poste. Bref. Ici le steak de thon remue encore, le vin coule à flots, et on peut même trouver du morbier, certes pour un prix au kilo que je qualifierais de caviardesque. En fait mes émoluments de prix Nobel et plus prosaïquement le fait qu?il y ait un WholeFood à côté du labo me poussent souvent à retrouver mes caissières favorites. Je sais, c?est à la limite de la prostitution, mais pour revenir à l?introduction de cette chronique et ainsi boucler la boucle, si le marketing respectait la pudeur, la délicatesse et le savoir-vivre ça se saurait.
Je ne t?embrasse certainement pas.
Combien de fois faudra t?il donc te le répéter ?
[2 janv. 2012 16:04:39] Montrer les messages en version imprimable    Voir le profil d'un membre    Envoyer un message privé [Lien] Dénoncer ce message comme incorrect : Veuillez vous connecter d'abord  Aller en haut 
Masculin EmmanuelN
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Re: Stop and Shop

1,2,3 allo, allo.
Je voulais faire un essai de reponse. Meme rapide.
[8 janv. 2012 17:39:10] Montrer les messages en version imprimable    Voir le profil d'un membre    Envoyer un message privé [Lien] Dénoncer ce message comme incorrect : Veuillez vous connecter d'abord  Aller en haut 
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