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Masculin EmmanuelN
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they drive me crazy

Restant contre vents et marées un être fondamentalement optimiste, je ne désespère pas tout à fait de voir Bush s?étrangler avec un deuxième Bretzel, non, c?est pas ça que je voulais dire, de te voir un jour conduire dans les faubourgs bostoniens, par exemple pour aller chercher la Margarita que mon légendaire étourdissement m?aura fait oublier sur le comptoir de quelque liquore store et qui va si bien avec cette recette mexicaine du poulet au chocolat que tu ne manqueras pas de déguster sur mon deck en acajou tropical.
Ne dis rien, quelque chose tout au fond de moi me dit que tes silences ne sont qu?acquiescements et hochements de têtes.
Il me faut donc séance tenante te décortiquer les fondements, les principes et les lois régissant la conduite sub- para- trans- et intra bostonienne (ce sont les mêmes).
En effet, habituée à la conduite parisienne, tu pourrais te trouver fort dépourvue dans ce trafic cérémonieux, escargotesque, bovin, limacien, pachydermique, j?en oublie ?
Les parisiens au volant sont des truites dans l?eau vive, anticipant chaque obstacle, se laissant happer par le courant pour, au moment opportun, fouetter l?onde claire et se décaler d?un rocher mal placé avec un sens du rythme, du tempo, ce n?est plus de la conduite, c?est du jazz. Le bostonien, dans cette évocation piscicole, ressemble plus à une carpe dans son étang où le paysage trouble, languide et infiniment identique à celui des jours précédents, n?incite pas à l?esprit d?initiative, en tout cas quand il s?agit d?aller de A vers B. Pas de courant, pas d?agitation. Patience est mère de tout je sais plus quoi. On attend. On se résigne. Il finira bien par se passer quelque chose. Dans cette optique, la nationale à deux voies ? une parente de la nationale 20, pour te situer le décor - que tu ne manqueras pas d?emprunter pour arriver jusqu'à mon deck et mon poulet au chocolat est un véritable cauchemar pour la truite susmentionnée.
Elle se trouve engluée dans une procession de carpes lentes, molles, visqueuses. La file de gauche si absurdement qualifiée de rapide est ralentie, stoppée même, par les véhicules tournant à gauche et ne s?engageant - surtout ? pas d?un inch vers la destination choisie, comme si des rayons de la mort striaient l?espace, prêts à pulvériser le moindre pare-choc s?aventurant en cette Terra Incognita.
Pire (si si, c?est possible), le conducteur immédiatement derrière le premier empoté, nommons la deuxième gourde, ça situe les choses, ça calme les nerfs, et ça évite de coucher sur le papier tous ces vilains mots que l?on regrette d?avoir prononcés devant le petit à l?arrière, notre deuxième gourde, donc, s?arrête exactement ? e-xac-te-ment - derrière son coreligionnaire. Pas question, non, non, non, pas une seconde, es-tu folle ? d?envisager un déboîtement habile, un contour de l?obstacle. Comme la Noiraude en rentrant à l?étable tous les soirs de sa vie se fige derrière la Blanche qui elle aussi se calle derrière?. C?est panurgien, panurgesque, je ne sais plus, j?en perds mon latin, mon sang froid, ma bouteille de bière. Comme formaté par un système d?une rigidité stalinienne, tout le monde s?aligne derrière l?autre, créant, à partir de rien, une congestion, une constipation éléphantesque. La dimension de la voirie, j?en rirais si je pouvais desserrer les mâchoires de ma crispation, permet cependant à trois voitures de s?afficher de front ; et le petit débordement suggéré tout à l?heure n?est pas à l?aune des rues parisiennes où la truite sert très fort des fesses qu?elle n?a pas pour ne pas exploser son rétroviseur. Du tout. Le véhicule le plus proche sur la voie de droite circule à trois bons mètres de là, un espace infini, une toundra désertique à explorer cheveux au vent, montant à cru un de ces chevaux si risible dans leur courtitude (c?est plus une lettre, c?est un bestiaire). Pour nos jocrisses au volant, tout au contraire, il s?agit d?un couloir de la mort, un no man?s land sans doute hanté par les conducteurs décédés sur la route qui s?apprêteraient à les happer pour les entraîner dans d?infinis tourments. Un enfer dans lequel tu dois répéter encore et encore le petit livre jaune du code de la route, et où, comme dans ton pire cauchemar, tu chutes misérablement sur la dernière question, sidérante de simplicité, ce qui te fait recommencer à zéro, Prométhée du QCM. Je ne vois que ça comme explication sensée.
Et je le prouve ! Il m?est arrivé de me trouver dans la position du deuxième mongol. Mon adrénaline, ma testostérone, ma cocaïne et quelques autres agents plus ou moins endogènes me poussent inévitablement alors à déboîter ? calmement, pas de crispation ? et dégager de là. Que crois-tu que je vois dans mon rétroviseur ? De nombreuses mouches ? Non, au-delà. Tous ces moutons, carpes, et autres éléphants constipés qui se mettent à me suivre, contournant maladroitement, débordants eux aussi les limites titubantes et péremptoires qui leur sont assignées.
J?ai longtemps réfléchi à cette énigme. Pourquoi ce refus catégorique, atavique, du débordement sur le côté ?
Bien sûr la théorie de Monsieur Panurge s?applique plein pot (si je puis dire) dans ce cas, et notre troupeau bêlant ne s?ébranlera que si un rebelle au cheveu fou montre le chemin. Le principe du domino, à l?envers. Facile. Pourquoi, donc, dans une ville civilisée comme Boston, avec une tripotée d?universités superlativement élitistes, pourquoi ce manque d?initiative ? Dans le pays de la conquête de l?Ouest, de la ruée vers l?or, vers le fric, vers le temps à gagner ou à ne pas perdre, on aurait plutôt tendance à imaginer les rues de Monaco un jour de grand prix. Une poignée de dollars pour le premier au feu là-bas, crissements de pneus, la fureur de vivre. Que sais-je.
L?explication se loge ? tu l?avais deviné ? tout au fond de leur innombrables églises. Mais je vais encore bouffer du curé, alors que je n?ai que des pasteurs à me mettre sous la dent. Eux qui ont déjà une liste diaboliquement longue à mener à confesse, inclus dans ce tas d?immondices les innombrables affaires scabreuses et le support inconditionnel à Bush. Mais je m?égare. D?autant plus que la véritable explication est tout simplement que les américains n?apprennent pas à conduire, et d?ailleurs ne passent pas de permis, ou si peu.
Je reviens à mes deux files, celle de gauche définitivement coagulée par un nombre de mongols défiant les lois de la génétique, et celle de droite me demandes-tu, hagarde, et quelque peu perdue dans ce lacis de considérations autoroutières, camionesque et pour dire le vrai abscons.
La file de droite. Toute l?incommensurable mollesse de ces empotés se retrouve aussi dans la file de droite. Si ce n?était pas le cas, il faudrait écrire une thèse sur la file de droite, tellement le principe des vases communicants serait en ce cas bafoué, ridiculisé.
Le tourneur à droite que nous évoquerons sous l?acronyme de PD-NTM qui résume assez bien ma vocable gestuelle quand j?en rencontre un, ne s?engage pas franchement (pas plus que l?autre affolé des rayons de la mort) sur la voie qu?il a pourtant choisie de son libre arbitre, sans aucune pression ni menace. Il attend (tu te souviens ?).
Il attend.
Quoi ?
Un piéton qui voudrait traverser.
Maisyenapas gémis-tu les dents dans le plastique du volant, les larmes dans les yeux.
Oui, te répondrait-il, mais hier y?en avait un. Je l?ai vu. Absolument.
Evidemment, et ce n?est pas contestable, c?est de la physique, et on vient de passer devant le labo de Einstein, quand on tourne à droite, le virage est plus serré. Ah bon ? Oui, au volant de ton 4x4, à deux mètres du sol, tu vois moins bien le bord du trottoir quand tu tournes à droite. Tu vas plus lentement, donc.
C?est possible ? Mais tu es à l?arrêt, tu-ne-peux-pas-al-ler-plus-len-te-ment susurres-tu à ton tableau de bord.
La voie de droite, en outre, est aussi le terrain de jeu des dyslexiques du volant qui tentent une marche arrière, créneau, je croise mes mains, aie. Merde.
Mais toi, qui auras lu ce petit précis à l?intention des conducteurs sains de corps et d?esprit de la banlieue sub-intra- et trans-bostonienne, ne rouleras JAMAIS sur la file de droite, et ton ulcère ne se perforera pas bêtement en chemin pour cette satanée tequila.
Mais bien d?autres improbables écueils te guetteront, coccinelle fragile, en voila quelques uns.
Il faut, avant de rentrer dans une voiture dans les alentours de Boston se bien souvenir de trois points fondamentaux, la base, en quelque sorte.
Premièrement, de l?instant où tu ouvriras ta portière à celui où tu rouleras, les règles édictées par les assureurs aux fabricants d?automobiles sont telles (ce n?est plus de la sécurité, c?est de la jouissance perverse) que tu seras assaillie par une longue plainte stridulante, ou, pour la ceinture, une sonnerie qui te fera sérieusement craindre de voir ton véhicule se désintégrer séance tenante.
Deuxièmement, rappelle toi que mes impôts passe dans leur plus grande part à payer les gardiens d?Abou Graib et la police locale. Or je paie beaucoup d?impôts. Il y a donc beaucoup de flics à Boston. Que font ils ? Rien. Ils attendent, comme les civils. Mais eux se cachent pour attendre. Comme des murènes derrière leur rocher, ils traquent le petit poisson qui ne fait pas comme les autres, en l?occurrence le parisien qui n?en peut plus de marquer, soir et matin, l?arrêt au stop d?un croisement qui ressemble à s?y méprendre à celui où attend Carry Grant dans la « Mort aux Trousses », au milieu de nulle part, avec une visibilité que seule la courbure de la terre permet de limiter.
Troisièmement, les conditions asphalto-atmosphériques.
Il n?est qu?un temps bref dans l?année où conduire dans Boston ressemble à une virée au bord de la mer dans une Bugatti décapotable. Je dois d?ailleurs rater chaque année ce moment sublime. La plupart du temps la neige divise par deux le nombre de voies praticables. Dans le cas de notre nationale la seule file accessible combine l?ensemble de tous les énervements susmentionnés. Peut-on encore parler de conduite ? Pas sûr. D?errance peut être, dans un monde fantasmagorique, un cauchemar improbable, au ralenti, dans lequel tu cours sur place. Certains se sont suicidés. Le reste de l?année, pluvieux ou brûlant peu importe, les nids de poule, comme des mines anti-personnels, attendent tes essieux au moindre tournant.
A ce propos, je cours ventre à terre faire démarrer ma Ford Focus blanche (rapport à la neige) pour me faire péter dans l?ultime feu d?artifice de ma pitoyable existence, mon hernie discale, mon ulcère gastrique, mes hémorroïdes et mon anévrisme cérébral. Je n?embrasse pas, je n?embrasse plus. Je suis à bout.

Mais je te sens las toi aussi. Je te propose une recréation. Si tu peux répondre à la question suivante, je verrais ce que je peux faire pour le baiser.
Dans la suite des propos impénétrables et sans intérêt que tu viens péniblement de finir, combien d?animaux sont ils cités ?
Une bonne réponse à la question subsidiaire t?enverra directement tout au fond du lac calme de mes grands yeux verts, puisque, oui, j?accepterais ton invitation à tes frais dans une île des mers du Sud. La question subsidiaire donc : Combien des créatures citées plus haut sont des ovipares ? Hein ? Pas fastoche.
Si un petit malin avait l?intention de truander et de reprendre ligne à ligne le texte ci-dessus, la malédiction du Bostonian Driver s?abattrait impitoyablement. Alors que qu?il aurait son doigt gras sur l?écran bleuâtre, la langue pendouillante, plongé dans des ? mais qu?il est con, mon Dieu ? et fourrageant dans ses souvenirs de collège, se demandant comment baise une tortue, il verra sa femme, son homme, sa moitié, son chimpanzé, sa femme de ménage, son facteur, son amant, ses amants, tous ses amants, se pencher au dessus de son épaule :
-Tu fais quoi, là ?
-Je compte les anim?. Nonrienc?estparcequej?aiuncopain. ilestmalade,ilfautl?aider.
-Ah ouais ? Tu comptes des animaux sur ton écran pour aider un copain malade ?
Voila. La déchéance, et bientôt l?alcool.
Je t?aurais prévenue.
[26 juil. 2011 18:14:57] Montrer les messages en version imprimable    Voir le profil d'un membre    Envoyer un message privé [Lien] Dénoncer ce message comme incorrect : Veuillez vous connecter d'abord  Aller en haut 
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